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ROCK’N’ROLL 39-59 A LA FONDATION CARTIER

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Tel un Grand Ole Opry (grand-messe de la country) virtuel, cette fresque mélodieuse prend des allures de réunion de famille fantasmatique. Une telle communion n’aurait été possible sans l’intervention de passionnés et de connaisseurs, unis pour l’amour du rythme. Au coeur du projet, Katell Jaffrès, co-commissaire de l’exposition, nous dévoile les secrets d’un rêve devenu réalité.
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‘Rock’n’Roll 39-59’ est une exposition protéiforme, riche en documents musicaux, archives populaires et souvenirs personnels. Comment êtes-vous parvenus à réunir tout ce matériel et quelle est sa provenance ?

Nous avons fait de nombreuses recherches en France, en Europe, beaucoup aux Etats-Unis. Aussi nous avons été en contact avec des institutions et des grands musées américains, notamment le Rock’n’Roll Hall of Fame à Cleveland et l’EMP à Seattle. Et puis des collectionneurs privés nous ont mis à disposition leurs disques, posters, magazines, “memorabilia”. De même, nous avons dû parcourir plusieurs brocantes pour trouver des disques manquants.

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Cette exposition était le rêve de toujours d’Alain Dominique Perrin, directeur de la Fondation Cartier. Avait-il une idée précise de ce qu’il voulait montrer du rock’n’roll ? 

Son projet, c’était de faire découvrir les débuts du rock’n’roll, le contexte dans lequel cette musique est née, de manière à la regarder comme un phénomène culturel, comme une révolution. Surtout comprendre le contexte historique et social au sein duquel le rock’n’roll est apparu.


L’agencement de l’exposition semble caresser deux attentes : l’une étant didactique, l’autre étant de stimuler en profondeur la mémoire collective, et à ce titre le rock a une résonance très forte. Parlez-nous un peu de cette mise en scène ludique et interactive.

L’exposition se divise en deux parties. Le rez-de-chaussée rassemble des objets, des documents, des photographies qui sont l’expression même du rock’n’roll et de ses codes dans les années 50. On peut voir une Cadillac, des juke-box, la reconstitution d’une régie de studio d’enregistrement. Autant de témoignages techniques, iconographiques de cette époque-là. En bas, le parcours est plus pédagogique. L’exposition a été conçue à partir d’un concept visuel. Nous avons été très attentifs à faire vivre l’héritage, que ce soit dans un circuit chronologique ou d’une manière plus éclatée. Cette exposition est aussi un parcours sonore : tout au long, on peut entendre de la musique, intercepter des extraits de films.
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Justement, ‘Rock’n’Roll 39-59’ ne tombe pas dans l’écueil de l’héritage au sens nostalgique du terme. L’interactivité des archives avec les vidéos donne à l’exposition une véritable dynamique. A ce titre, pensez-

 

vous que le rock’n’roll est une chose du passé, ou est-ce une culture encore bien vivante ? 

 

Vaste sujet. Peut-être qu’un certain nombre de personnes se reconnaissent à travers cette musique, dans ce qu’elle porte et comporte. En tout cas, elle a été un vecteur de messages. Il est vrai que les jeunes se sont totalement identifiés à la culture que le rock a engendrée. Alors oui cette musique peut être comprise comme une certaine croyance.

Je crois que le rock’n’roll est une culture emblématique du XXe siècle. Aux Etats-Unis, c’est vraiment de cette manière-là que les gens en parlent. On le ressent moins en Europe car c’est une culture importée en quelque sorte. Avec les années, le rock’n’roll a franchi les frontières américaines, s’est développé, puis est devenu autre chose. Alors non, ce n’est pas une chose du passé. Finalement, on opère juste un retour au fondement des musiques actuelles.

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L’exposition insiste sur les conjonctures politiques et sociales qui ont vu naître la culture rock’n’roll, en particulier la réunion des cultures noires et blanches. Alors que les Afro-américains étaient touchés de plein fouet par des mesures ségrégationnistes jusqu’en 1954, le rock’n’roll était-il un enjeu politique ?

Les rockers ont directement participé à lever les barrières entre chanteurs noirs et chanteurs blancs, en particulier
Elvis Presley qui était empreint de musique gospel. Il a vraiment baigné dans cette culture et reprenait des titres originellement interprétés par des chanteurs noirs. Il a métissé cette musique pour la mettre sur le devant de la scène. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, de nombreux chanteurs blancs faisaient des reprises de chanteurs noirs, qu’on appelle des “cover version”. C’étaient des copies adoucies dans leurs rythmiques et dans leurs paroles de chansons créées par des musiciens noirs, mais qui pouvaient choquer l’auditoire blanc. A un moment donné, certains DJ’s dont Alan Freed ont refusé de diffuser ces “cover version” pour privilégier les originaux, plus libérés. Les jeunes ont préféré ces morceaux.

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En parlant de postmodernisme, en plus des illuminations de Little Richard, ou l’envergure messianique d’Elvis Presley, le martyr de Buddy Holly, le rock a beaucoup à voir avec la foi. En témoignent ces performances déclenchant des transes, ces vêtements ou ces guitares observés comme des reliques. Est-ce que finalement le rock n’a pas supplanté la religion au XXe siècle ? 

 




Il semblait vous tenir à coeur de montrer les différentes influences du rock’n’roll, entre autres celles du boogie-woogie, du jazz, du rhythm’n’blues, du gospel et de la country. Comment expliquer que ces courants aient fusionné à un moment précis ?

Si l’on se remet dans le contexte des années 40, c’est l’entrée des Etats-Unis dans le conflit mondial à partir de 1941. Après il y a eu la victoire. L’Amérique a bénéficié d’un regain de la production industrielle extrêmement fort qui a entraîné des opportunités d’emploi massives. Il y a eu de grands mouvements migratoires. Ces déplacements de la campagne vers les villes ont favorisé le mélange des cultures.


Le même phénomène observé chez les bluesmen des années 1930, partant en nombre vers le nord, dans la région de Chicago.


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